Intervenants

 

4 avril 2024
13:30 – 14:15
Amphi 1

Louis Simard

Professeur titulaire à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa (Programme d’administration publique), il est détenteur d’un doctorat en sociologie de l’Institut d’études politiques de Paris en sociologie de l’action organisée (Centre de sociologie des organisations, CNRS-SciencesPO). Il est détenteur d’une maîtrise en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Ses travaux de recherche portent sur la participation publique dans les secteurs de l’environnement et de l’énergie, plus particulièrement sur l’acceptabilité sociale, les grands projets, les instruments de participation publique et de compensation et l’apprentissage organisationnel. Il a publié plusieurs travaux de recherche sur le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (avec Mario Gauthier, UQO) et la Régie de l’énergie. Il est notamment auteur de « L’acceptabilité sociale : trajectoire d’une nouvelle norme d’action publique » Politique et Sociétés (2021), de « Socially Not Acceptable: Lessons from a Wind Farm Project in St-Valentin, Quebec» Case Studies in the Environment (2018) et co-auteur avec L. Bherer et M. Gauthier de l’article “Developing the Public Participation Field: The Role of Independent Bodies for Public Participation”, Administration and Society, (2020) et du livre The Professionalization of the Public Participation (2017, Routledge). Il a notamment agi comme expert dans le cadre du procès Ressources Strateco inc, c. Procureur général du Québec sur la question de l’acceptabilité sociale et comme consultant auprès d’organisations publiques, privées et à but non lucratif. Il est membre du Centre d’études en gouvernance et de l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l’Université d’Ottawa et de l’Institut climatique du Canada.

Transition énergétique sans acceptabilité sociale ?

L’urgence climatique, l’impérative transition énergétique et la multiplication des critiques récentes à l’endroit de la démocratie participative posent la question de la pertinence de la participation publique et de l’acceptabilité sociale des grands projets. Au cours des dernières années, plusieurs instruments d’action publique et nouvelles exigences se sont multipliés afin de prendre en compte les préoccupations, les valeurs et les principes sociétaux en évolution dans le cadre des processus de décisions à l’égard des grands projets. Les analyses coûts/bénéfices, les évaluations environnementales, les outils d’informations et de communication, les dispositifs de consultation et de participation se venues au fil du temps complexifier la conduite des projets et élever les exigences pour l’obtention des autorisations gouvernementales. À cet enseigne, l’acceptabilité sociale est aujourd’hui devenue la norme. Si certains la perçoivent essentiellement comme une stratégie corporative alors que d’autres critiquent encore la difficulté de sa mesure ou l’ambiguïté de sa définition, l’acceptabilité sociale a fait l’objet de guides de bonnes pratiques organisationnelles, de définition gouvernementale, de mention législative, de directives ministérielles et de reconnaissance par les tribunaux. Or, la participation publique, composante essentielle de l’acceptabilité sociale, fait l’objet de critiques sans précédent (Loisel et Rio, 2024) alors que la transition énergétique commande l’urgence des décisions et devraient se passer des tergiversations citoyennes qui retarderaient le passage à l’action. À vouloir aller trop vite et en mettant sous le tapis des décennies d’acquis, on risque bien de retarder davantage les choses en multipliant les blocages et les oppositions. Et si l’acceptabilité sociale se pensait dans la co-construction en prenant son temps pour aller plus vite? Le cas du projet Northvolt au Québec servira à illustrer le propos.