
Christine Ouellet est artiste et chercheure en arts céramiques et nouvelles technologies. Elle enseigne à la Maison des métiers d’art de Québec au programme collégial en céramique et à l’Université du Québec à Trois-Rivières au département de la philosophie et des arts. Elle est responsable de la coordination de l’atelier de céramique à l’Atelier Silex à Trois-Rivières. Ses recherches actuelles s’articulent autour de la relation entre géologie et généalogie par le biais de la complémentarité de la matière et des nouveaux médias. Ses œuvres ont été diffusées lors de biennales d’art, d’expositions individuelles et collectives ainsi que dans le cadre de résidences de création au Québec et en France. Elle est récipiendaire de plusieurs prix et bourses. Elle est diplômée en céramique et détentrice d’un baccalauréat en arts visuels (nouveaux médias) ainsi que d’une maîtrise par cumul en art et esthétique à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Présentement, elle travaille sur le développement de sa thèse-création au doctorat en études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal.
Devenir argile induit le passage d’un état à un autre. Lorsque circonscrit à même une pratique en arts céramiques, ce processus peut sembler antinomique. Considérant que la céramique est l’aboutissement de la transformation de l’argile par le feu et qu’il n’y a pas de retour possible à sa condition originelle, qu’est-ce que cela peut signifier ? C’est en prenant en compte les enjeux environnementaux de notre époque que nous tenterons de répondre à cette question. Depuis la proposition écosophique guattarienne (1989), soit cette perspective éthico-politique et esthétique qui repose sur l’interrelation des trois écologies sociale, mentale et environnementale, les idées de refontes du système sont toujours d’actualité. Dans le champ des pratiques en arts visuels et en métiers d’art, la considération de l’empreinte carbone se manifeste progressivement. Sous la forme d’un récit de pratique, nous chercherons à légitimer la préservation d’un savoir-faire millénaire; celui de céramiste. Nous nous questionnerons sur la production de nouveaux objets alors que nos milieux de vie en sont déjà saturés. Nous survolerons les caractéristiques physiques, sensibles et métaphoriques de l’argile qui témoignent de son agentivité. Les gestes attentionnels à l’égard de la matière et l’échange d’énergie qui en émane nous rapprocheront de notre thématique. L’anthropologue Tim Ingold (2013) suggère de développer une relation à la matière, de laisser émerger la forme plutôt que de l’imposer. En empruntant le fil de sa pensée, nous soulèverons quelques pistes réflexives et exploratoires qui tendent à la conciliation de la création et de nos préoccupations écologiques.