
Conservateur, archiviste paléographe et docteur en histoire, François Nawrocki est responsable du pôle Fonds et collections de la bibliothèque Kandinsky (Centre Pompidou), en charge du développement et du traitement des archives et imprimés relatifs à l’art moderne et contemporain.
Nous avons tous appris à opposer les couleurs sur un cercle. Les théoriciens les ont disposées sur des triangles, des sphères, des cubes. Découvrant peu à peu leur complexité selon d’innombrables paramètres (grandeur, saturation, fond, texture, supports, éclairages, mouvement, reflets, etc.) et mesurant leurs fréquences, nous avons envisagé d’autres typologies et modes d’identification (numérotation d’échantillons, chromatologie supposée universelle), puis avec le développement de l’informatique, des solides virtuels à cinq ou dix dimensions pour tenir compte de tous les déterminants. Cette quête de représentation visuelle des systèmes de couleurs est devenue si complexe, qu’elle n’est plus utilisable dans les usages sociaux (matières plastiques, carrosseries d’automobile, teintures textiles, crèmes et poudres de maquillage, etc.) Et c’est sans compter les significations symboliques des couleurs, les milieux de vie, les modes, qui varient selon les cultures et les époques. Nos imaginaires changent nos sensibilités chromatiques. Alors que faire pour maîtriser le langage des couleurs lorsqu’on est designer de mode, de mobilier, pour choisir la couleur des pilules pharmaceutiques, d’un immeuble d’habitation ?