Intervenants

 

5 décembre 2025

10:55 – 12:30
Amphi Grand Kursaal

Christelle Faure

Conservatrice du patrimoine, Christelle Faure est directrice des musées d’Arts et du Temps à Besançon. Diplômée de l’École du Louvre, de l’Institut national du patrimoine et de l’Institut national des études territoriales, elle a débuté sa carrière au musée du Louvre avant de rejoindre les musées de la ville de Belfort où elle a été responsable des collections et des expositions. Elle a ensuite poursuivi son parcours au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne métropole comme responsable du service de la régie et de la valorisation des collections puis au Palais des Beaux-Arts de Lille où elle a dirigé le service de la gestion durable des collections. En plaçant les collections et les publics au cœur de son action, elle souhaite conforter le rôle citoyen des musées. Engagée pour la transition socio-écologique des musées, elle explore les possibilités pour en faire des lieux inclusifs, ouverts sur la diversité et sur les enjeux contemporains de la société.

 

Quelles sont les limites de la conservation du patrimoine ?

La France, comme chaque territoire, possède un patrimoine riche, diversifié dont il faut prendre soin, pour l’histoire de ses peuples, la cohésion sociale, l’éducation, l’économie, le tourisme et la recherche. Des grottes ornées au subtil climat menacé par le dérèglement global aux archives manuscrites et numériques qui ne cessent d’être créées, en passant par les œuvres, les objets et les spécimens des musées et des muséums qui doivent être conservés à perpétuité, nous touchons aux limites de la conservation, aux limites écologiques, aux limites d’organisation et de gestion. Faut-il donc tout conserver ? Cette question traverse l’ensemble des institutions patrimoniales (musées, archives, bibliothèques, services archéologiques, monuments historiques), chacune répondant selon son cadre juridique et ses pratiques professionnelles. Les archives, uniques par nature, sont soumises à un protocole de sélection stricte. Les bibliothèques, confrontées à la masse des imprimés, doivent conserver les livres publiés avant 1830 mais peuvent pratiquer un désherbage raisonné pour les ouvrages postérieurs. L’archéologie sélectionne les biens archéologiques mobiliers à conserver tandis que les musées questionnent leur politique d’acquisition, conscients que chaque nouvel objet inscrit à leur inventaire devient inaliénable. Dans tous les domaines du patrimoine, la sélection s’impose comme un acte fondateur. Mais au-delà du droit et des usages, d’autres limites apparaissent : celles des espaces saturés, des moyens financiers restreints et des équipes sollicitées. Conserver implique aussi un coût écologique. Face au dérèglement climatique, les risques de sinistres se multiplient, tandis que les dispositifs au service de la conservation du patrimoine (climatisation, conditionnements pétrosourcés, transports) pèsent lourdement sur les bilans carbone des institutions. Les professionnels du patrimoine sont dès lors confrontés à un paradoxe majeur : préserver les témoins du passé pour les transmettre aux générations futures, mais parfois au prix d’un patrimoine environnemental fragilisé. A travers des exemples précis concernant notamment les collections des musées de Besançon (les Musées d’Arts et du Temps, le Muséum d’histoire naturelle, le Musée de la résistance et de la déportation, le Musée comtois) et des bibliothèques et archives municipales, des spécialistes présenteront les choix opérés pour que ceux qui leurs succéderont puissent également prendre soin à leur tour de ces biens communs.