
5 décembre 2025
Conservateur des bibliothèques, Pierre Emmanuel est mis à disposition du Grand Besançon Métropole par le ministère de la Culture, pour la Bibliothèque municipale classée de Besançon. Formé à l’Ecole des Chartes et à l’Ecole des bibliothèques, il a travaillé principalement au fonds ancien de la bibliothèque de Besançon, de 2007 à 2017 et de 2021 à aujourd’hui. Il a exercé aussi en bibliothèque universitaire à Besançon et en médiathèque à l’Île Maurice et à Nancy. Ces expériences sont intéressantes parce qu’elles permettent un regard extérieur sur le patrimoine en bibliothèque, très différent des médiathèques et sans doute plus proche des musées par bien des aspects. Il travaille aussi directement avec les Archives municipales de Besançon, puisqu’il s’agit de la même direction que les bibliothèques, et qu’elles partagent la même salle de lecture que pour le patrimoine des bibliothèques.
La France, comme chaque territoire, possède un patrimoine riche, diversifié dont il faut prendre soin, pour l’histoire de ses peuples, la cohésion sociale, l’éducation, l’économie, le tourisme et la recherche. Des grottes ornées au subtil climat menacé par le dérèglement global aux archives manuscrites et numériques qui ne cessent d’être créées, en passant par les œuvres, les objets et les spécimens des musées et des muséums qui doivent être conservés à perpétuité, nous touchons aux limites de la conservation, aux limites écologiques, aux limites d’organisation et de gestion. Faut-il donc tout conserver ? Cette question traverse l’ensemble des institutions patrimoniales (musées, archives, bibliothèques, services archéologiques, monuments historiques), chacune répondant selon son cadre juridique et ses pratiques professionnelles. Les archives, uniques par nature, sont soumises à un protocole de sélection stricte. Les bibliothèques, confrontées à la masse des imprimés, doivent conserver les livres publiés avant 1830 mais peuvent pratiquer un désherbage raisonné pour les ouvrages postérieurs. L’archéologie sélectionne les biens archéologiques mobiliers à conserver tandis que les musées questionnent leur politique d’acquisition, conscients que chaque nouvel objet inscrit à leur inventaire devient inaliénable. Dans tous les domaines du patrimoine, la sélection s’impose comme un acte fondateur. Mais au-delà du droit et des usages, d’autres limites apparaissent : celles des espaces saturés, des moyens financiers restreints et des équipes sollicitées. Conserver implique aussi un coût écologique. Face au dérèglement climatique, les risques de sinistres se multiplient, tandis que les dispositifs au service de la conservation du patrimoine (climatisation, conditionnements pétrosourcés, transports) pèsent lourdement sur les bilans carbone des institutions. Les professionnels du patrimoine sont dès lors confrontés à un paradoxe majeur : préserver les témoins du passé pour les transmettre aux générations futures, mais parfois au prix d’un patrimoine environnemental fragilisé. A travers des exemples précis concernant notamment les collections des musées de Besançon (les Musées d’Arts et du Temps, le Muséum d’histoire naturelle, le Musée de la résistance et de la déportation, le Musée comtois) et des bibliothèques et archives municipales, des spécialistes présenteront les choix opérés pour que ceux qui leurs succéderont puissent également prendre soin à leur tour de ces biens communs.