
3 décembre 2025
Thierry Pozzo est professeur de neurosciences à l’université de Bourgogne et membre honoraire senior de l’institut Universitaire de France. Son projet de recherche consiste à étudier les principes d’organisation de la motricité humaine et à identifier les mécanismes physiologiques sous-jacents. Les axes développés tiennent compte de récentes avancées en neurosciences qui suggèrent un étroit couplage entre Action et Perception. Il soutient l’hypothèse que la cognition s’ancre dans le vécu corporel des individus et dépend du système moteur contrairement à la métaphore du cerveau calculateur. Enfin, l’étroitesse de ces questions et les normes imposées par la science l’ont convaincu depuis plusieurs années d’étendre sa réflexion au domaine de la perception des images et aux contaminations réciproques entre Art et Sciences. Cette partie de ses activités se déroulent dans le cadre de l’organisation d’événements de vulgarisation scientifique au sein de l’Espace Marey, une plateforme en partie dédiée à faire découvrir les travaux du savant bourguignon du même nom.
Pour Galilée et les sciences de l’inerte, on élabore des lois en observant la régularité des trajectoires planétaires ou de la chute des corps. C’est selon le même principe que les physiologistes de la fin du 19ème siècle positiviste décrivent le monde vivant. Ce passage sans transition de l’inorganique au vivant a marqué durablement les sciences de la vie. Un rapprochement avec des champs de recherche plus anciens a certes permis de dégager des grilles de lectures systématiques et l’élaboration de modèles numériques. La contrepartie de cette proximité enrichissante a néanmoins contribué à confondre les limites de l’inerte avec celles du vivant, la véritable limite du vivant n’étant pas spatiale, mais vitale et temporelle ; également de normaliser les phénomènes et réduire les qualités aux seules quantités ; et enfin de penser le monde vivant comme un ensemble d’organes isolés alors que ce qui le distingue de l’inerte c’est qu’il est relations à autre chose que soi-même et le produit singulier d’interactions situées. Un des objectifs de cette conférence est de convaincre — à l’aide d’exemples pris en neuroscience — qu’une description physicaliste des manifestations du monde vivant sous forme de lois universelles est un frein à sa compréhension.