
3 décembre 2025
Louis Jehel est médecin psychiatre et professeur de psychiatrie à l’Université de Picardie, chef du Service de Psychiatrie, psychologie de liaison, addictologie et psychotraumatologie au CHU d’Amiens-Picardie. Il a été auparavant, pendant 10 ans, Professeur de psychiatrie à l’Université des Antilles et chef du Département de Psychiatrie et Addictologie au CHU de Martinique. Il est également vice-Président de l’Association de Formation et de Recherche des Cellules d’Urgence Médico-Psychologique – Société Française de Psychotraumatologie et responsable du groupe de recherche IPSOM (Impact des Psychotraumatismes en Outre-Mer) au Centre d’Épidémiologie et Santé des Populations à l’INSERM. Spécialiste de l’évaluation en psychiatrie, il a publié en 2022, en collaboration avec Pr. Mathieu Guidère, un ouvrage spécialisé en Psychotraumatologie, axé sur l’étude du rôle et de l’impact du langage sur les psychotraumatismes, notamment les marqueurs psycholinguistiques du trauma. Poursuivant cette réflexion, il a publié en 2024, un nouvel ouvrage, toujours en collaboration avec Pr. Mathieu Guidère, sur Le Langage intérieur en psychothérapie. Son expertise en psychotraumatologie est régulièrement sollicitée dans le cadre de projets internationaux. Au vu de son expérience et de ses compétences, il est aujourd’hui l’un des meilleurs spécialistes français des approches innovantes du psychotrauma.
Le langage intérieur, défini comme le dialogue que nous entretenons avec nous-mêmes, représente une frontière fascinante entre conscience et cognition. Cette conférence examine les contraintes neurobiologiques et fonctionnelles de cette voix mentale qui accompagne notre réflexion quotidienne. Les recherches en neuroimagerie révèlent que le langage intérieur active des circuits cérébraux similaires à la parole externe, impliquant notamment l’aire de Broca et les régions auditives. Cependant, des limitations émergent : vitesse de traitement réduite comparée à la pensée non-verbale, capacité limitée de traitement simultané, et dépendance aux structures linguistiques apprises. L’analyse de populations spécifiques (sourds de naissance, personnes avec aphasie, ou pratiquant la méditation) révèle des variations importantes dans l’expérience du langage intérieur. Certaines personnes rapportent une pensée principalement visuelle ou kinesthésique, questionnant les liens entre langage et action. Les implications cliniques sont considérables : comprendre ces limites pourrait éclairer les mécanismes des hallucinations auditives, des troubles obsessionnels-compulsifs, et optimiser les stratégies de thérapie cognitive. Cette exploration souligne que notre monologue intérieur, loin d’être illimité, opère dans un cadre neurobiologique précis aux conséquences profondes pour notre compréhension de la conscience humaine.