
4 décembre 2025
Historienne de l’art de formation, Rossella Baldi s’occupe d’histoire des sciences et des techniques depuis plusieurs années. Ancienne directrice de l’Institut l’Homme et le Temps du Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds, elle travaille actuellement comme historienne indépendante, notamment dans le domaine horloger. Lauréate de divers prix académiques, ses recherches portent essentiellement sur l’histoire de l’horlogerie au XVIIe et XIXe siècles, ainsi que sur l’histoire des collections, de la botanique et des voyages.
Notre présentation va s’intéresser à l’émergence de la chronométrie dans la seconde moitié du 18e siècle et, en particulier, à la relation entretenue par les premiers usagers de chronomètres de poche avec leur instrument. Nous aborderons cette question par l’exemple des garde-temps produits entre 1782 et 1794 par l’atelier londonien de l’horloger d’origine Suisse Josiah Emery. A cette époque Emery compte, avec John Arnold à Londres et Louis Berthoud à Paris, parmi les seuls artisans capables de fabriquer ces pièces. Les siennes, équipées avec l’échappement à ancre, sont considérées par les contemporains comme les plus précises jamais réalisées. Nous évoquerons donc les défis et les limites auxquels les clients Emery se confrontent, alors qu’ils cherchent à appréhender le fonctionnement et le potentiel d’un instrument scientifique qui leur est nouveau. L’exactitude et la fiabilité d’un chronomètre ne sont en effet pas garanties uniquement par la technicité de la pièce et la perfection de son exécution. Elles résultent surtout de l’interaction entre l’objet et son usager. Ainsi, entre chronomètres cassés, mauvaises mesures et beaucoup d’émotions, le chronomètre de poche de la fin du 18e siècle nous rappelle que le succès et la propagation d’une innovation dépendent d’une multitude de facteurs et non seulement de son avancée technologique.