
5 décembre 2025
Jade Bouchemit est Directeur adjoint du Musée de la musique de la Philharmonie de Paris. Précédemment, il a notamment travaillé à la Fondation Cartier ou au Jeu de Paume. Issu d’une formation philosophique, il a également été rédacteur en chef d’Oscillations, une revue de philosophie et d’art contemporain, et dirigé plusieurs séminaires et conférences autour de l’art et de la musique. Par ailleurs, il enseigne à HEC Paris et à La Sorbonne.
Tantôt dénoncée comme le signe d’une disparition de l’auteur, tantôt célébrée comme un prolongement inédit de la créativité humaine, l’intelligence artificielle rejoue une tension constitutive de la modernité esthétique : celle du rapport entre art et technique. Ces positions apparemment antagonistes reposent pourtant sur un même présupposé, celui d’un auteur central et souverain, menacé pour les uns, augmenté pour les autres. Toutefois, l’enjeu ne réside sans doute pas dans la perte ni dans la perfection de cette figure, mais dans la reconfiguration de sa fonction. Avec l’émergence des systèmes génératifs, l’artiste devient co-agent d’un processus où la production de l’œuvre procède d’une négociation entre intention et algorithme, subjectivité et inférence. Ce déplacement engage une esthétique relationnelle, où la limite du champ artistique ne s’articule plus entre art et non-art, mais entre humain et artificiel. Et, ce faisant, loin de réduire ou d’élargir le champ de l’art, l’intelligence artificielle n’en rend-elle pas la limite opératoire ?