
3 décembre 2025
Pour Apolline Lefort, conservatrice du patrimoine et géologue, l’histoire de la Terre et de l’Univers que les scientifiques tentent collectivement de comprendre et de décrire est la plus belle de toutes. Une réflexion naturellement arborescente et une curiosité profondément imprégnée d’une éducation naturaliste la mènent vers une thèse de doctorat en stratigraphie intégrée, mêlant géologie, paléontologie, biologie et chimie, au laboratoire Géoressources de l’Université de Lorraine. Étudiante globetrotteuse (MNHN à Paris, UQAM à Montréal, Université de Genève), enseignante, médiatrice culturelle, elle contribue, entre 2012 et 2018, à une mission de recherche unique sur la reconstitution des paléoenvironnements à partir de niveaux à traces de dinosaures en Suisse, grâce à la stratigraphie du Jurassique. L’envie de transmettre autrement — à travers des expositions, des outils de médiation, l’explication de la science pour tous les publics — et une passion secrète pour les collections d’histoire naturelle l’ont menée à la direction du Muséum d’Histoire Naturelle de Besançon. Conserver, étudier, valoriser et gérer un vaste ensemble naturaliste très diversifié, niché au creux de la Citadelle de Besançon, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est un défi quotidien. Apolline Lefort participe également, en tant que conservatrice et/ou géologue, à divers comités et commissions, où elle œuvre à la mise en lumière et à la valorisation des collections et du patrimoine naturaliste à l’échelle nationale. Elle milite actuellement pour que les sciences et les arts dialoguent et facilitent la compréhension des enjeux environnementaux et sociétaux contemporains ; et pour que les muséums restent des lieux de vie et de partage, où l’esprit critique, la science et la contemplation se conjuguent harmonieusement.
Bienvenue à Besançon, aux portes du massif du Jura, où l’on a décrit et défini ce qu’est le Jurassique ! Ce terme, connu de tous, désigne une époque de l’échelle des temps géologiques – l’échelle stratigraphique internationale – dans laquelle le million d’années est l’unité de mesure. Chaque période, ère, système ou étage qui constitue cette échelle a été définie pour que la communauté scientifique puisse se baser sur les mêmes repères, où que nous soyons situés sur Terre. Les limites entre ces unités de temps sont déterminées grâce à des crises (biologiques, climatiques…) et/ou des événements brutaux (météorites, volcanisme intense…) qui ont entraîné un changement important et visible dans la succession des couches sédimentaires. Chaque strate représente une page d’un livre constituant l’histoire de la Terre. Il existe donc, depuis le XVIIe siècle, des outils permettant de se repérer dans les dépôts sédimentaires : un vocabulaire temporel spécifique, des stratotypes de limite définis par des commissions internationales, etc., que nous découvrirons ensemble. De la même façon, la carte géologique est une représentation du découpage du temps. Les zones délimitées sur ces cartes très colorées nécessitent le savoir-faire du cartographe-géologue, que les nouvelles approches technologiques viennent préciser toujours davantage. Que ce soit pour la connaissance, la préservation, la prospection ou l’exploitation, la stratigraphie est un outil essentiel. Sans oublier la définition d’une époque dite de « l’Anthropocène », dont les limites font actuellement l’objet de débats ouverts.