Intervenants

 

3 décembre 2025

15:25 – 16:10
Amphi Petit Kursaal

Jacques Dubucs

Jacques Dubucs, ancien élève de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud (1972-1977) et agrégé de philosophie en 1976, est un philosophe et logicien français dont le parcours académique et institutionnel témoigne d’un engagement constant dans la recherche et la structuration des sciences humaines et sociales. Après une thèse de troisième cycle en logique (1978) et une thèse d’État en 1984 sur la théorie de la démonstration, il a exercé comme maître-assistant en mathématiques à l’École Normale Supérieure de Rabat de 1980 à 1985, puis comme chargé de recherche (1985-1988) et enfin directeur de recherche au CNRS à partir de 1992. Il a dirigé l’Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques (CNRS-Paris I) de 2002 à 2010 et siégé dans de nombreuses instances nationales et européennes, telles que le Comité National Français pour l’Histoire et la Philosophie des Sciences (depuis 2001), la Fondation Européenne de la Science, COST ou encore ESFRI, dont il a présidé le groupe stratégique « Social and Cultural Innovation » (2014-2018). Il a également occupé d’importantes fonctions administratives au CNRS et à la Direction Générale de la Recherche (2002-2018), et continue aujourd’hui à contribuer à l’évaluation de la recherche en tant que chargé de mission auprès du Haut Comité d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur.

 

Comment agir dans les cas-limites ?

La plupart des concepts sont vagues, c’est-à-dire qu’ils admettent des cas-limites. Ce sont des objets ou des situations dont, même en possession de toute l’information disponible à leur propos, nous ne pouvons décider si les concepts considérés leur sont applicables ou non. Les logiciens ont élaboré des formalismes capables de représenter ces concepts flous, tenant compte du fait que l’introduction d’une troisième valeur « indéterminé » à côté du vrai ou du faux, ne parvient pas à traiter le fait que la notion de cas-limite d’un concept flou est elle-même un concept flou, possédant des cas-limites ! Reste à étudier la manière dont l’action humaine parvient à opérer en présence de ces concepts flous. Au plan individuel, le cas le plus étudié est celui de la perception « catégorielle » des sons parlés : certains mécanismes sub-doxastiques filtrent le détail des sons accessibles à la conscience et réduisent drastiquement l’hésitation sur la nature de ce qui est entendu. Au plan collectif, le problème est plus ardu, puisque la coordination de l’action exige que l’on s’entende sur la nature des cas-limites. J’examinerai quelques cas d’accidents industriels ayant pour origine une compréhension différente de ces cas-limites par les agents concernés.