
3 décembre 2025
Ancien élève de l’École CentraleSupélec, Gautier Depambour est actuellement post-doctorant en histoire de la physique à l’Université Paris Cité, aux laboratoires SPHere (Sociologie, Philosophie, Histoire des sciences) et MPQ (Matériaux et Phénomènes Quantiques). Ses recherches portent sur l’histoire de l’optique quantique des années 1950 à 1980, à laquelle il a consacré sa thèse, ainsi que sur le rôle des inégalités de Bell et de l’intrication quantique dans le développement des technologies quantiques à partir des années 1980. Il a également publié l’ouvrage Idées de génies avec Etienne Klein (Flammarion, 2021) et collaboré avec Alain Aspect sur le livre Si Einstein avait su (Odile Jacob, 2025).
L’intrication quantique, qui traduit une mystérieuse connexion entre particules séparées dans l’espace, et qui continue d’alimenter les fantasmes, est certainement l’un des phénomènes les plus étranges prédits par la mécanique quantique. Le croirez-vous ? Sa mise en évidence expérimentale dans les années 1970-1980 est liée à une limite extrêmement simple : il s’agit du nombre 2 ! En effet, comme l’a montré une poignée de théoriciens dans les années 1960, il est possible d’imaginer des expériences permettant de tester une inégalité, en l’occurrence S ≤ 2 (la forme la plus simple des célébrissimes « inégalités de Bell »), dont la violation serait le signe de l’existence de l’intrication quantique. Autrement dit, si des mesures bien précises conduisent à affirmer que la quantité expérimentale S (portant sur des corrélations entre photons) est strictement supérieure à 2, c’est que l’intrication quantique n’est pas qu’une lubie de théoriciens farfelus. Dans cette présentation, je parcourrai l’histoire des fondements de la mécanique quantique depuis l’article fondateur d’Albert Einstein, Boris Podolsky et Nathan Rosen publié en 1935 jusqu’aux expériences d’Alain Aspect et de ses collaborateurs à Orsay dans les années 1980. Je montrerai que le débat entre Einstein et Niels Bohr sur l’interprétation de la mécanique quantique, d’abord purement philosophique, s’est retrouvé projeté dans le domaine expérimental grâce aux travaux successifs de David Bohm, John Bell, John Clauser, Michael Horne, Abner Shimony et Richard Holt. J’expliquerai alors comment les expériences qui ont suivi ont permis de montrer que, sous certaines conditions, la limite fixée par les inégalités de Bell est susceptible d’être franchie, ce qui marque un moment charnière dans l’histoire de la mécanique quantique.