Intervenants

 

4 décembre 2025

17:05 – 17:50
Salle Proudhon

Philippe Gaudin

Philippe Gaudin, agrégé de philosophie et docteur de l’EPHE (école pratique des hautes études, mention religions et systèmes de pensée), ancien directeur de l’IREL (institut d’étude des religions et de la laïcité) créé en 2002 par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche au sein de l’EPHE. Il partage son travail entre recherche et formations sur laïcité et faits religieux dans le monde contemporain. Il intervient pour l’éducation nationale, en milieu hospitalier, pour les préfectures ainsi que pour les Conseils départementaux et régionaux. Il a publié : « Que veut dire laïcité ? », « Vers une laïcité d’intelligence en France ? » mais aussi « Tempête sur la laïcité ».

 

Quel est le sens de la limite chez Nietzsche ?

Si l’on connaît bien la naissance grecque de la philosophie, on mesure mal à quel point c’est aussi dans l’atmosphère de la Grèce antique que Nietzsche ira puiser les termes et les tensions de sa propre tentative de pensée. La justice comme accord de la sagesse, du courage et de la tempérance : pas de philosophie sans proportions et harmonie. Mathématique, musique et gymnastique, telle est l’ordonnance des amoureux de la sagesse, sur cette terre bordée, limitée par la mer, cet espace indéfini séduisant et dangereux. Les Allemands, notamment, ont été les chantres de l’art classique Grec. Moment court et parfait d’un équilibre qu’on ne saura retrouver, l’Athènes du cinquième siècle avant J-C est celle qui permit à l’humanité d’entrer pour la première fois dans ses véritables limites, dont la statue du dieu ou de la déesse est le symbole qui séjourne dans ce lieu ouvert et fermé à la fois qu’est le temple grec. Mais le philologue Nietzsche va réagir : « incipit tragoedia », la mesure apollinienne sera contestée par la démesure dionysiaque. La première grande œuvre de Nietzsche -La naissance de la tragédie- fait surgir ce dieu secondaire sur le premier plan des forces de la terre et du ciel. Il ne quittera plus la vie du philosophe qui, à la fin troublée de sa vie, s’identifiait aussi bien au « crucifié » qu’à Dionysos déchiré par les Titans. Si l’œuvre d’art est enfantée par la tension créatrice entre les forces de la mesure (Apollon) et celles de la démesure (Dionysos), c’est ce dernier qui retiendra toute l’attention de Nietzsche car il suggère que la Grèce la plus authentique est celle de la tragédie, œuvre d’art totale associée aux rites dionysiaques. Victoire du tragique sur le classique ? Les choses sont sans doute plus complexes et Nietzsche continuera de faire l’éloge de la restriction des perspectives, de la rigoureuse discipline et de la contrainte comme autant de conditions à la liberté créatrice (paragraphe 188 de Par-delà le bien et le mal). Et si le classique était le signe de d’une abondance excessive de forces qui ont besoin de la forme pour les contenir ?