
4 décembre 2025
Jean-Paul Delahaye est Professeur émérite à l’Université de Lille et chercheur au laboratoire CRISTAL (Centre de recherche en informatique signal et automatique de Lille, UMR CNRS 9189). Ses travaux portent sur les algorithmes de transformation de suites (Thèse d’Etat), sur l’utilisation de la logique en Intelligence artificielle (systèmes experts, langage Prolog) sur la théorie computationnelle des jeux (jeux itérés, simulation de systèmes sociaux, étude de la coopération), et sur la théorie algorithmique de l’information (théorie de la complexité de Kolmogorov, notion de contenu en calculs) avec en particulier des applications à la bioinformatique et à la finance. Il travaille aujourd’hui sur les monnaies cryptographiques et la « technologie blockchain » . Il s’intéresse aussi aux problèmes d’éthique dans les sciences et a été membre du Comité d’Ethique de CNRS (COMETS) de 2016 à 2021. Il a encadré 20 thèses. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres, dont une partie est destinée à un large public. En 1998, il a reçu le Prix d’Alembert de la Société Mathématique de France et, en 1999, le Prix Auteur de la Culture scientifique du Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche. Il tient la rubrique mensuelle Logique et calcul (6 pages) dans la revue Pour la science (version française du Scientific American). Il propose aussi un blog (http://www.scilogs.fr/complexites/) consacré aux « Complexités ».
Calculer est un processus physique. Il n’est donc pas étonnant que les physiciens se posent le problème du coût énergétique minimal d’une opération élémentaire de calcul, et plus généralement du coût minimal de n’importe quel processus de calcul ? La question est moins simple qu’on aurait pu l’imaginer car la réponse dépend de la possibilité ou non d’inverser le calcul. L’opération de négation B = not(A) par exemple est inversible ; à partir de B on peut retrouver A. L’opération associée au « ou logique » C = A ou B, n’est pas inversible ; connaissant C, on ne pourra pas retrouver A et B avec certitude. C’est le problème «des limites du calcul» que Rolf Landauer en 1961 et bien d’autres depuis ont étudié. La réponse est en réalité très importante pour concevoir des circuits de plus en plus efficaces et au fur et à mesure que nos microprocesseurs progressent elle devient centrale. Le calcul quantique qui finira par devenir une réalité est particulièrement concerné par la question.